GILBERT CESBRON

Gilbert Cesbron naît à Paris, dans le XVIIe arrondissement. Il fait ses études au lycée Condorcet, puis à l’École des sciences politiques, et passe une licence en droit. Son rêve d’alors ? Le Conseil d’État… Mais c’est compter sans les hasards qui, parfois, déterminent une vie. En 1935, il remplace un ami au Poste parisien, la plus importante station de radio de l’avant-guerre, et trouve que cette profession a bien des agréments et qu’en tout cas elle est un fantastique moyen de diffusion. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, on retrouve donc Gilbert Cesbron à la direction du Poste. Ce goût pour les ondes, il le conservera encore longtemps puisque, outre ses nombreuses interventions au micro en tant qu’écrivain, il sera, de 1945 à 1972, le directeur des programmes de Radio-Luxembourg, puis de R.T.L. Ces activités journalistiques définissent bien un écrivain qui fut autant un homme de plume que de parole.

Pendant la guerre, il est affecté à la liaison avec l’armée britannique, au cours de la campagne des Flandres. Ayant perdu le manuscrit d’un roman pendant la retraite, il l’écrit en France une seconde fois, et le publie, via la Suisse. C’est Les Innocents de Paris (1944), roman de son enfance, entre le parc Monceau et le Ballon des Ternes, à l’écart du monde des adultes. Ce premier roman obtiendra le prix helvétique de la Guilde du livre. Commence alors pour de bon la carrière littéraire de Gilbert Cesbron. En quelques années, et à un rythme qui s’explique par le fait que jamais il ne quittait sa plume ni son petit carnet rempli de notes, il publie plusieurs romans : On croit rêver (qui marque son entrée chez un éditeur, Robert Laffont, auquel il sera fidèle toute sa vie), La Tradition Fontquernie (1947), Notre prison est un royaume (1948), La Souveraine (1949) et Boismort, ou L’oiseau chante (1950). Dans tous ces livres, fortement marqués par l’autobiographie (Condorcet, Sciences po, la « drôle de guerre »…), Gilbert Cesbron montre son goût pour l’enfance et le souvenir, et séduit immédiatement le grand public (La Tradition Fontquernie reçoit en 1947 le prix des Lecteurs) par sa sensibilité volontiers avouée et son attachement presque paternel, dans tous les cas très tendre, à l’égard de ceux qui souffrent, de ceux qui subissent des maux dont ils ne sont pas responsables. Et en premier lieu : les enfants.

Un tournant est marqué dans l’œuvre de Cesbron par la parution de son ouvrage Les saints vont en enfer, en 1952. Du roman conçu comme une œuvre d’art douce-amère, il va très sensiblement passer au roman-témoignage : ses livres sont autant de prises de position et de prises à partie, et l’homme qui les écrit se veut engagé au même titre qu’un militant politique. Sa cause, on la connaît, c’est celle de la fraternité.

Dans Les saints vont en enfer, Cesbron campe un prêtre de la Mission de France, le père Pierre, qui essaie de convertir à Dieu, ou du moins au message chrétien, le prolétariat d’un milieu ouvrier. Dans Chiens perdus sans collier (1954), il raconte le drame des délinquants, beau et grave sujet dont Jean Delannoy fera un film avec Jean Gabin. Suivent, entre autres, Il est plus tard que tu ne penses (1958) qui traite du cancer et de l’euthanasie, Entre chiens et loups (1962) qui évoque l’Algérie en flammes, Avoir été (1960) qui dépeint le troisième âge, ou encore C’est Mozart qu’on assassine (1966) qui met en scène les enfants dits « anormaux ». À chaque livre son thème. À chaque titre son plaidoyer. D’où les reproches nombreux que la critique formulera à l’égard d’une œuvre parfois trop schématique, qui noie la littérature dans le documentaire et le romanesque dans le journalisme. Car, pour chacun de ses sujets, Gilbert Cesbron enquêtait à l’instar d’un journaliste, interviewait les psycho-pédiatres quand il s’agissait d’enfants en difficulté, les cancérologues quand il voulait parler du cancer, etc. Ce reproche devenu leitmotiv, Cesbron l’acceptait, rétorquant seulement que son propos n’était pas de faire œuvre de littérateur, mais de charité chrétienne. Parce que Ce siècle appelle au secours (1955), et que lui veut essayer de répondre. C’est sa façon d’être présent au monde. C’est aussi sa façon de se battre contre une époque de haine, contre « son ignoble folklore de fer, de cuir et de sang ». Si l’écrivain n’arrive pas à la cheville, littérairement parlant, de Bernanos, cet autre romancier inspiré qu’il appelait « son grand frère coléreux », il a en commun avec lui une existence pleine de fougue et de vérité. Quand, en 1972, il quittera la direction de R.T.L., ce sera pour remplir sa mission profonde au sein du Secours catholique français, mettant ainsi ses livres en pratique.

Si le roman fut son terrain d’écriture favori, d’autres genres se greffèrent, au cours des années, à ce tronc commun : les nouvelles (Une affaire d’hommes, 1959, et Des enfants aux cheveux gris, en 1968), l’essai (il en écrivit une dizaine, depuis Chasseur maudit, en 1953, jusqu’à sa fameuse profession de foi : Ce que je crois, en 1970), l’autobiographie (il est l’auteur de plusieurs tomes d’un Journal sans date dont le dernier a paru après sa mort), et enfin le théâtre. Il était en vérité normal et naturel que ce romancier qui avait le sens aigu du dialogue et de la prose didactique s’essayât au genre dramatique ; parmi toutes ses pièces (Briser la statue, 1952, L’Homme seul, Phèdre à Colombes, Dernier Acte, 1961), la plus célèbre demeure Il est minuit, docteur Schweitzer (1952), qui fut montée à Paris en 1950 et qui nous offre un portrait émouvant du célèbre médecin de Lambaréné, celui qui fonda le premier hôpital de la forêt vierge. Ce souci de porter sur scène de grandes figures chrétiennes se retrouvera dans ses autres pièces où apparaissent notamment Thérèse de Lisieux, Bernadette et le père de Foucault.

Jérôme GARCIN
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