SEBASTIEN JAPRISOT COMPLEMENT D’INFORMATION

 

 

 

Fiche d’identité

Sébastien Japrisot, né à Marseille, a fait ses études chez
les jésuites, puis en Sorbonne. A dix-sept ans, il publie sous
son vrai nom (Jean-Baptiste Rossi) un roman, Les Mal Partis,
qui obtient en 1966 le prix de l’Unanimité, décerné par un
jury qui comprend Jean-Paul Sartre, Louis Aragon, Elsa
Triolet, Arthur Adamov, Jean-Louis Bory, Robert Merle. Il
traduit à vingt ans L’Attrape-Coeur de Salinger et, plus tard,
les Nouvelles.
Après une expérience de concepteur et de chef de publicité
dans deux grandes agences parisiennes, il publie coup sur
coup, en 1963 : Compartiment tueurs et Piège pour Cendrillon
qui obtient le grand prix de Littérature policière ; les deux
ouvrages rencontrent d’emblée la faveur de la critique et du
public. Ce succès sera confirmé par la publication de La
Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil qui reçoit le prix
d’Honneur en France et le Best Crime Novel en Grande
Bretagne.
Après une période où il écrit directement pour le cinéma
(Adieu l’ami, Le Passager de la pluie, La Course du lièvre à
travers les champs) et porte à l’écran Les Mal Partis, il revient
à la littérature avec L’Été meurtrier (Prix des Deux-Magots
1978, César de la meilleure adaptation cinématographique
en 1984). Le roman et le film connaîtront un très grand
succès. Puis ce sera La Passion des femmes en 1986. Un an
plus tard, Japrisot redevient scénariste et metteur en scène
pour Juillet en septembre, avant d’entreprendre Un long
dimanche de fiançailles qui obtiendra le prix Interallié 1991.
Tous les livres de Sébastien Japrisot ont été portés à
l’écran, sauf les deux derniers actuellement en préparation.
Traduit dans de nombreux pays (Europe, Amérique, Japon,
URSS, pays de l’Est), il est considéré comme l’un des
écrivains français les plus lus à l’étranger.

 

 

Sébastien Japrisot à bâtons rompus

Le besoin de raconter des histoires remonte à mon
enfance, à Marseille. Dès six ou sept ans, je me suis aperçu
que j’avais ce don de capter l’intérêt de mes camarades.
Plus que par mon adresse aux billes ou au ballon, c’est
en racontant des histoires que je me singularisais. Mon
grand-père m’emmenait tous les jeudis au cinéma. Je racon-
tais ensuite ce que j’avais vu aux copains du quartier, et
déjà je brodais, j’inventais des épisodes, j’allais jusqu’à
raconter des films que je n’avais pas vus. Bref, je faisais du
roman.
Le point d’ancrage de ce « long dimanche » vient aussi de
l’enfance. J’écoutais les récits de mon grand-père, qui se
mettait en colère chaque fois qu’il évoquait les tranchées. Il
avait eu une guerre un peu particulière. Descendu à Mar
seille en permission, il n’avait pas voulu retourner se battre.
C’est pour ça qu’on l’a envoyé à Verdun, il y a été blessé. Oui,
cette guerre-là me fascine parce que ses échos retentissaient
encore dans mon enfance et je n’ai pas oublié la terreur
qu’elle m’inspirait. Je me suis souvent surpris à penser : « Et
si moi aussi, j’étais appelé à descendre dans une tranchée, à
ramper dans la boue, avec les ennemis en face, les mitrail
leuses, les bombes. » J’en avais le coeur glacé.
(…) La Grande Guerre a toujours représenté pour moi une
époque mythique, extraordinaire, comme la Révolution
française. Ce ne sont pas tous ces morts, ce n’est pas le sang
qui me fascinent, bien au contraire, c’est la patience popu
laire, c’est le courage. Je pressentais peut-être depuis quel
ques années que des choses allaient se passer qui rendraient
ce conflit monstrueux, encore plus absurde et plus vain. Le
11 Novembre ne devrait pas être un jour de fête mais un jour
de deuil pour tout le monde. Cette guerre n’a servi qu’à
provoquer la Révolution russe, l’URSS qui s’effondre

 

aujourd’hui, et la Seconde Guerre mondiale. On retrouve en
1992 pratiquement la même situation géopolitique qu’en
1913, les mêmes tensions, et on voit s’entretuer à nouveau
les Serbes et les Croates.
J’ai donc travaillé un an sur la documentation non pas pour
écrire un roman historique, mais pour me donner l’impres
sion que j’avais vécu tous ces moments. J’ai lu des masses de
témoignages, beaucoup de récits de combattants et visionné
de nombreux documents filmés avant de commencer d’écrire.
Je suis très soucieux du détail véridique. Ainsi me suis-je
aussi rendu sur les lieux. En outre, 14-18 fut une époque
durant laquelle les gens ont énormément écrit. Je m’en suis
inspiré. C’est pourquoi une bonne partie de mon roman se
développe sous forme épistolaire. Je me nourris du vécu pour
alimenter la fiction. J’ai retrouvé chez les « bonhommes » de
14-18 (ils ne s’appelaient pas « poilus » entre eux) une forme
de dérision qui m’émeut. Sous les bombes, la peur au ventre,
ils se contentaient de dire : « Tout ça finira mal ! »

Sébastien Japrisot dans les tranchées de VIMY.

 

La seconde raison qui peut expliquer la naissance de ce
roman, c’est que j’avais toujours rêvé d’écrire un livre qui se
passe dans les années 20, les années folles, à cause des
voitures splendides, des fêtes, de la mode : la nostalgie de ce

qu’on n’a pas vécu.
(…) La discipline dans l’écriture n’a aucun sens pour moi,
c’est-à-dire qu’il arrive que je ne puisse pas écrire pendant
des jours, et des jours, et des jours. Et puis, à un certain
moment il se passe quelque chose, une sorte de déclic
intérieur, je sens que je pénètre dans une période de
grande exaltation ou, comme disait Shakespeare, « une
période de grands désordres » . Je sais que je vais écrire
un roman. Les femmes peuvent comprendre cela car c’est
une sorte d’enfantement. Je peux alors ne pas dormir, je
suis capable, Dieu merci, de rester seize heures à ma
table, comme je suis capable de rester neuf heures dans
un fauteuil de dentiste ! Je ne me lève pas à certaines
heures du matin pour écrire, je ne m’impose jamais rien,
et puis on ne peut pas imposer grand-chose à Sébastien
Japrisot et je suis le premier à le savoir, je me connais
très bien!
(…) Les expressions toutes faites m’ennuient au plus
haut point. Débanaliser une vieille formule, la dépoussié
rer, retourner un cliché, voilà ce que j’appelle des bon
heurs d’écriture. J’aime l’insolite, je décris des couleurs
qui n’existent pas.
(…) Je crois qu’Alice au pays des Merveilles de Lewis Carroll
est le seul livre que je regrette de ne pas avoir
écrit. Je n’envie aucun écrivain, passé, présent, futur (en
parlant ainsi, je m’avance un peu, qui sait ?), je ne suis
jaloux de personne ; même pas de Lewis Carroll.
(…) L’écriture d’Un long dimanche de fiançailles m’a
demandé trois ans, c’est-à-dire le double de La Passion
des femmes et plus de six fois L’Été meurtrier. Et j’ai écrit
La Dame dans l’auto en trois semaines. La Passion des
femmes m’avait déjà demandé du temps car c’était un

 

.,

véritable exércice de style. Faire vivre huit personnages à
la première personne, huit femmes au langage différent, a
été pourtant plus facile pour moi que le travail d’Un
long dimanche de fiançailles, qui a exigé rigueur, atten
tion, précision et un agencement sans faille. Si l’émotion
est passée, ou l’humour, ou la poésie, il faut croire que
j’avais durant cette période une bonne main droite.
(…) Stendhal évoquant l’amour parlait d’une cristallisa
tion. Ainsi vous remarquez une femme parmi tant d’autres.
Vous vous surprenez à penser à elle, vous désirez la revoir.
Une série d’images surgissent : la couleur des yeux, la
longueur des jambes, la voix. En elle, tout vous plaît, même
les défauts. Du coup vous ne voyez plus les autres. Pour un
roman c’est la même chose. A un moment donné, je ressens
le besoin de me raconter une histoire, une histoire qui tient
souvent en une phrase, la première. Il faudra peut-être des
années pour que différents détails s’y greffent. Au début de
ce roman, je ne connaissais même pas Mathilde, j’avais
commencé un livre sans même savoir qui serait le person
nage principal : c’est venu après, a Hossegor. J’ai écrit un
premier chapitre un peu lyrique, l’histoire de ces cinq
soldats français aux mains liées dans le dos, qui sont jetés
par-dessus leur tranchée dans la tranchée ennemie, je
n’avais que cela. Et tout à coup Mathilde m’est apparue
comme une évidence et tout pouvait alors arriver, mais je
n’ai été ni étonné, ni inquiet. Elle a fait ce qu’elle voulait.
C’est, avec La Dame dans l’auto, le personnage le plus
imprévisible que j’aie jamais rencontré dans ma vie d’écri
vain. Mathilde s’est mise à exister, et elle a tout pris. Elle
m’a imposé sa conduite plus que je ne l’ai dirigée. Ainsi s’est
greffé, sur le thème tragique des condamnés de 1917, celui
d’un amour indomptable.
(…) Mathilde est foncièrement moderne, libre dans ses
choix, dans ses passions. Le critique Jean-Jacques Gautier a
écrit à propos de La Dame dans l’auto « Modernisme vrai »

 

Sébastien Japrisot et Anne Parillaud sur le tournage de Juillet en Septembre.

Sébastien Japrisot et Laetitia Gabrieli sur le tournage de Juillet en Septembre réalisé
par Sébastien Japrisot.
et je pense que c’est cela, Mathilde n’est jamais que l’héroïne
que je promène de roman en roman, c’est un être fragile, qui
a une obstination redoutable.
J’ai voulu Mathilde exemplaire — elle ne serait pas
exemplaire si elle pouvait marcher —, je lui ai tout enlevé au
départ pour qu’elle se montre telle qu’elle est intérieure
ment, une passionnée qui va jusqu’au bout. Ce que j’aime le
plus chez elle, comme chez tous mes personnages féminins,
c’est cette obstination mais aussi ce don de comprendre sans
mot, cette générosité de coeur que je ne pourrais pas
exprimer aussi franchement avec un héros masculin.
Le seul défi au malheur, pour Mathilde, c’est la dérision.
C’est un être qui utilise l’humour pour masquer son chagrin,
mais je suis sûr que les lecteurs et les lectrices comprennent
très bien qui elle est et le chagrin qu’elle cache, même quand
elle s’empêche de pleurer. L’autre femme de ce roman, Tina
Lombardi, est différente : c’est quelqu’un qui a du courage
aussi et de l’intelligence, mais sa passion s’extériorise dans
un tourbillon. Elle a perdu son homme, elle veut le venger,
elle tue et c’est tout. Dans mon roman, elle n’apparaît que de
manière épisodique, mais au cinéma ce sera un très, très
beau rôle de femme et je ne peux évidemment m’empêcher
de penser à la « Elle » de L’Eté meurtrier, à Isabelle Adjani.
(…) J’aime beaucoup les femmes, ou plutôt, j’aime la
Femme parce qu’elle est ma « complémentaire », elle est
stable, aiguë, courageuse, elle supporte mieux la vie que les

Gisèle Pascal, Daniel Desnais, Laetitia Gabrieli et Sébastien Japrisot sur le tournage
de Juillet en Septembre.

 

hommes : la preuve, les femmes vivent plus longtemps. J’ai
toujours aimé créer des personnages féminins, cela me
permet, je crois, un certain confort car ainsi je passe à l’as,
on ne me reconnaît pas, je peux tout dire impunément parce
que jamais personne ne me soupçonnera d’être l’héroïne de
l’histoire.
(…) Je pense que la fin de ce livre est pure émotion, tout le
monde la ressent, et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’un
lundi matin, j’ai ajouté un dernier chapitre de trois pages
pour calmer le lecteur. Le film lui se terminera par la scène
entre Mathilde et le Bleuet et j’espère que ce sera une fin très
belle et pour tout dire bouleversante. Ceux qui ont lu le livre,
pour imaginer ce qui se passe après, doivent se remémorer
comment est Mathilde et de quel courage elle est capable.
Cette fin est un commencement. Cet Homme l’a dit dans un
chapitre précédent : « Surtout n’essayez pas de lutter contre
cela. Si vous devez revoir le Bleuet vivant, qu’il ait perdu le
souvenir des mauvais jours, ne les lui rappelez pas. Ayez de
nouveaux souvenirs avec lui. »
(…) Je crois que j’ai un Bon Dieu au-dessus de ma tête et en
plus il est très conciliant avec moi. Il me permet de faire ce
que j’aime, c’est-à-dire raconter des histoires et pouvoir en
vivre, mais mon but véritable n’est pas tant de gagner de
l’argent que de donner rendez-vous à mes lecteurs. Les
lettres que je reçois sont mon oxygène, je les souhaite, je les
demande. Ce n’est ni la presse, ni la petite notoriété que je
peux avoir qui me comblent mais ces lettres pour me dire,
tant mieux, qu’on a passé une nuit blanche en lisant Un long
dimanche de fiançailles. Évidemment cela m’oblige à me
surpasser. J’ai reçu pour ce livre beaucoup plus de courrier
que pour aucun autre. Et je me dis qu’il va falloir que je
fasse très très attention et que je travaille encore plus dur la
prochaine fois, quand je sentirai à nouveau que « j’entre
dans une période de grands désordres ».

Propos recueillis par Isabelle Sieur

 

Un long dimanche de fiançailles
et la critique

Un grand livre
« Sébastien Japrisot est un merveilleux raconteur d’histoires… Il
fait sauter le vernis des mots, il abolit les conventions de la fiction,
et nous nous retrouvons pris au piège d’un récit que l’on voit,
entend, sent, respire. Un récit aussi dense que la vie même, aussi
plein d’images, de couleurs et d’ombres. Un long dimanche de
fiançailles, c’est un roman en images, c’est un grand livre qui vous
fait son cinéma. »

Michèle Gazier, Télérama

Une mécanique implacable
« Une mécanique implacable et une passion comme personne
n’ose plus en décrire : c’est du pur Japrisot. Un roman foisonnant
où l’on retrouve tous les thèmes qu’affectionne ce manipulateur au
coeur de midinette. »

Jean-Dominique Bauby, Elle

Une écriture riche
« Si l’on peut qualifier de chef-d’oeuvre ce Long dimanche de
fiançailles, c’est peut-être avant tout au sens ancien du terme :
l’oeuvre capitale et difficile , minutieusement documentée, soli
dement charpentée, d’un compagnon d’avant la Grande Guerre. De
la qualité d’antan, une passion amoureuse comme on n’ose plus en
peindre, une écriture riche, généreuse : parions que Japrisot
séduira une fois de plus les amateurs de romanesque pur . »
Florence Noiville, Le. Monde

 

Un foisonnement d’intrigues
« Japrisot a une vertu rare, ou une grâce, ou une chance : il ne
sait pas rater un livre, pas plus qu’un film… Il y a dans le roman de
Japrisot un tel foisonnement d’intrigues, comme dans la littérature
picaresque où chaque personnage raconte un univers, une telle
générosité d’invention, une telle émotion, pour tout dire un tel
talent, qu’on y trouverait dix films. »

Renaud Matignon, Le Figaro

Suspense et émotion
« La force de Japrisot, c’est d’une part cette construction
maligne qui s’apparente au jeu de Meccano, chaque pièce s’emboî
tant l’une dans l’autre. C’est aussi, bien sûr, cette écriture d’appa
rence simple, rythmée, étonnamment phonétique, charmeusement
musicale… On frémit, on s’interroge, on s’inquiète. Le suspense se
liant à l’émotion. Un grand livre, ce n’est rien d’autre : un grand
sujet, des personnages forts, une écriture saisissante. »
Gilles Pudlowski, Le Point

A propos francisherin

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